• Hiérarchie de l'information? Vous voulez rire: hiérarchie des émotions!

    Merci au site américain The Intercept. Il donne une mesure du niveau de conditionnement où nous sommes. D'abord les faits parce que précisément, c'est des faits dont il est question, du réel en regard de l'émotionnel. 

    Aux États-Unis, 96 personnes se tuent en voiture chaque jour, 62 sont mortes de piqûres d'abeilles, de guêpes ou de frelons en 2013, 48 ont été tués par des extrémistes d'extrême-droite depuis le 11 septembre 2001, 32 meurent chaque année dans des incendies, 27 chaque année par la manipulation de leurs propres équipements ménagers et...26 par extrémistes musulmans depuis le 11 septembre 2001.

    J'ajoute une statistique qui manque cruellement à ce tableau: 30 000 morts par an par usage des armes à feu.

    On me dira qu'il faut relativiser, que des morts intentionnelles sont infiniment plus graves que des décès par piqûres d'abeilles ou dans des accidents d'auto.

    Sans aucun doute. Mais la disproportion reste terrifiante surtout si l'on tient compte de mon ajout concernant l'usage des armes à feu. Il y a, par an aux États-Unis, 17 646 fois plus de morts par usage des armes à feu par an que par des extrémistes musulmans. Cherchez l'erreur.

    Qu'on m'entende bien. Je ne cherche aucunement à diminuer la très grande gravité de ce qu'implique le passage à l'attentat de groupes fanatiques (à noter tout de même que les extrémistes de droite radicale ont quasiment une "performance" deux fois plus grande en cette matière). Du reste, ce qui m'inquiète à cet égard est bien moins le nombre de victimes (toujours trop élevé) que ce que cela indique comme niveau de folie, de désespérance assassine, de dérèglement de la pensée.

    Hiérarchie de l'information? Vous voulez rire: hiérarchie des émotions!Mais je suis terrifié par ce que ce tableau révèle d'abyssal écart entre le réel brutal, les faits, rien que les faits et leur mise en scène. Car chacun voit bien, en effet, que ces simples données font littéralement exploser au visage la différence entre la réalité objective d'une situation et ce qui en est rendu. En somme,  le déséquilibre dans la hiérarchie de l'information que cause l'émotion. Ou plutôt l'utilisation de l'émotion. Un exemple: Chaque année en France, environ 11.500 personnes décèdent suite à un accident de la vie courante (explosion d'une gazinière, effondrement d'un meuble sur son utilisateur, etc) dont 230 enfants. Soit 32 décès domestiques par jour et 1.3 par heure. Tout le monde s'en fout parce qu'il n'y a là autour aucune émotion sauf le chagrin de quelques proches.  On voit bien là qu'il n'y a pas de hiérarchie de l'information mais une hiérarchie des émotions. 

    Ce n'est pas illégitime. Les morts innocents du Bataclan ont perdu la vie dans des conditions telles qu'il eût été pathétique de ne point être submergé d'émotions. Et à supposer que le même jour il y ait eu, dans la France entière, autant de morts par accidents de voitures, ce n'aurait point été comparable. Mais si l'on ne fait pas ce que ce site internet a fort opportunément fait en marquant une pause et essayant de réunir des données froides relativisant les différents facteurs, on vit en permanence dans l'émotion. On en est esclave comme de ceux qui les manipulent notamment dans ce grand fourre-tout que sont les réseaux sociaux. Or, je défie quiconque de soutenir que le monde de l'information nous renvoie du réel une image aussi équilibrée et sereine que ce document.

    Hiérarchie de l'information? Vous voulez rire: hiérarchie des émotions!Moyennant quoi les pires de nos passions sont sans cesse titillées. Il y a peu, lors d'une manifestation de
    soutien au nouveau gouvernement polonais de droite radicale, on a pu entendre un slogan qui donnait bien la mesure de ce qui se passe lorsqu'il n'y a plus que la passion comme guide: "Non à l'islamisme juif", disait un slogan. C'était un condensé presqu'admirable du niveau de déliquescence mental auquel on est arrivé dans ce pays. Gare! Nous sommes tous un peu menacés. Il faut régulièrement rehiérarchiser entre ce qui est important et ce qui l'est moins.


  • Commentaires

    1
    Ottaway
    Mercredi 30 Décembre 2015 à 02:23
    Remarquable et salutaire démonstration! Devrait être transmis à toutes les rédactions et aux écoles de journalisme...
    2
    Mercredi 30 Décembre 2015 à 23:40

    Très bonne remise en perspective. A noter un excellent article de Foreign Policy sur le sujet:https://wordpress.com/post/beerblogsite.wordpress.com/703

    Cordialement

     

    3
    Jeudi 31 Décembre 2015 à 03:28
    Merci de votre appréciation Bruno. Malheureusement votre lien n'est pas accessible(verrouillé par Wordpress qui demande un code)
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