• "Il est souvent compliqué de rénover de l'ancien mais..."

    Cet article a été publié en février 2014 par LE CRESTOIS.

    "Il est souvent compliqué de rénover de l'ancien mais...""Nous l'écrivons souvent: le diable est dans le détail. L'étalement de nos communes par de grandes zones de pavillons pose de sérieux problème. C'est d'abord une formule très spécifiquement française qui dévore du terrain alors que, dans une région agricole, il y a une solide compétition pour l'usage des terres. Par ailleurs, les communes ont des frais importants de voirie liés à l'extension de leur territoire urbanisé. Enfin, de sérieuses incertitudes existent sur l'état de ces bâtiments dans vingt ou trente ans et, par conséquent, sur leur valeur réelle à ce moment là. Le problème est que tout pousse à ce type d'évolution. L'architecte crestois David Trojanowski en témoigne.


    Le Crestois.- Est-ce que le fait que tout notre matériel électro-ménager (les machines à laver, etc), tous les éléments de construction (les portes, les fenêtres) soient de dimensions totalement standardisées ne contribue pas à nous faire vivre dans des maisons ou des appartements qui sont des petites boîtes, toutes les mêmes?

    "Il est souvent compliqué de rénover de l'ancien mais..."David Trojanowski.-... ce que l’architecte Le Corbusier appelait des “machines à habiter”. Il est très dommage que ce mode de penser, de concevoir et de construire qu’est la standardisation amène de plus en plus à faire de certains entrepreneurs du bâtiment des «poseurs» d’un «produit» standardisé qui leur échappe, au lieu d’être des bâtisseurs ayant une technique réfléchie adaptée et adaptable au chantier en question. Le principal défaut de la standardisation est qu’elle écarte la réflexion, parfois au dépens du coût final, parfois au mépris des savoir faire... et au profit des vendeurs. Lorsqu’il y a plus de matière grise, il y a moins de matière coûteuse en définitive.  Nous sommes face à   l'incohérence d’un système. Il est objectivement beaucoup plus compliqué de rénover de l'ancien que de construire du neuf. Les formalités sont très lourdes. Les prêts plus difficiles à obtenir. Donc, les gens préfèrent construire des petites villas dont pourtant le principe est abandonné chez tous nos voisins et qui vont à l'encontre des buts officiellement recherchés. Prenons l'exemple de l'isolation. Il est évident que deux maisons avec des murs communs sont mieux isolées qu'une villa avec tout autour quelques mètres d'un bout de terrain. Même du point de vue de la protection de l'intimité à laquelle aspirent ceux qui construisent des villas, l'objectif n'est souvent pas atteint parce que les différentes maisons se regardent. Elles sont posées n'importe comment. Malheureusement en France nous ne savons pas faire du collectif qui préserverait l'intimité. Tous nos voisins savent parfaitement le faire mais la domination chez nous de grands groupes de la maison individuelle nous en empêche.

    L.C.- Mais qu'est-ce qui coûte le plus cher?
    D.T.- Là vous avez raison sur la standardisation. Un exemple: les plafonds, dans la construction standard, sont à 2,50 m, dans l'ancien ça varie. Les vendeurs malins ont sû imposer une standardisation des dimensions de ces plaques. Donc, c'est un peu plus compliqué de les utiliser dans de l'ancien.   Dès qu'un matériau aussi standardisé, est utilisé autrement dans certaines rénovations, c'est parfois au mépris de la qualité, et souvent assez coûteux au final. Et puis, le placoplâtre, ça ne se répare jamais. De même pour les volets roulants.
    Pour ces raisons de complexité, rénover l'ancien est relativement plus cher. Il n'en reste pas moins que beaucoup de jeunes couples s'endettent horriblement pour acheter des villas..Il est triste de penser qu'elles sont réalisées avec des produits si standardisés que, quand il faudra les rafraichir, la refection sera compliquée et coûteuse... Voire impossible parfois, ça obligera à tout changer! Ce qui ne va ni dans le sens de l'économie pour les propriétaires, ni dans le sens de l'écologie...pour la planète.

    Moyennant quoi les biens des acquéreurs peuvent bien à long terme peut perdre de la valeur. Certains utilisent la formule de “bombe à retardement” pour qualifier la situation qui se crée. On va se trouver dans une trentaine d'années avec des biens très dégradés où les travaux nécessaires n'auront pas pu être financés. Cela aussi parce qu'à présent on construit pour des échéances beaucoup plus courtes qu'autrefois, vingt ans à peine plus. Ce qui compte pour beaucoup de constructeurs, c’est la garantie décennale, après...

    L.C.- Mais est-ce qu'il n'y a pas une orientation politique qui encourage la réhabilitation?
    D.T.- Il y a ce que l'on dit et il y a ce que l'on fait. L'administration fait objectivement une politique divergente du discours officiel. Deux exemples: j'avais récemment un client qui se proposait de doubler sa demeure par l'extérieur ce qui, en matière d'isolation, est absolument conforme à la politique officielle. L'administration a refusé au motif qu'on se trouvait dans un périmètre historique alors que, par nature, c'était un aménagement invisible. A Crest, il y a quelques années, il était autorisé de faire des terrasses tropéziennes, ces aménagement sur le toît ou dans les combles qui permettent d'avoir un lieu de détente à défaut de pouvoir, dans des maisons de ville ou de bourg, avoir une vue en face intéressante. Étant donné le nombre de maisons de ce genre que nous avons dans la région et le réel problème d'aménagement que ça pose, c'est une excellente formule. Eh bien désormais c'est très difficile. C'est inexplicable.
    Ajoutez à celà que la complexité des rénovations fait que certains héritiers, recevant un petit immeuble ancien préfèrent ne rien y faire et spéculer sur une hausse du foncier qui leur permettra de bien vendre dans quelques années.

    L.C.- Donc il y a un solide problème de droit...
    D.T.- La législation est compliquée. Elle est ballottée au gré des lobbies qui obtiennent chacun son petit avantage. Et surtout elle n'est pas stable. Exemple: il y a peu on poussait à l'utilisation de panneaux solaires. Puis on a fait marche arrière. C'est absolument impossible pour des entreprises de se lancer sur des marchés qui se referment au bout de quelques années. Résultat: on pouvait récemment se fournir chez un producteur de Bourgoin-Jallieu en panneaux solaires. L'état encourageait par des accompagnements financiers clairs, l'utilisation de panneaux solaires. Puis on a fait marche arrière...."
    Mais la filière locale a été tellement déstabilisée par ces aller-et-retour, qu'il était devenu plus simple de les commander via l'allemagne...": on se tire des balles dans le pied."


     

    La dynastie des LapraLà bas vers Couspeau, lorsque souffle le vent fortEN PUBLIANT CE TEXTE, J'OFFRE GRATUITEMENT UN ÉLÉMENT DES ARCHIVES DU CRESTOIS. MAINTENONS DANS NOTRE RÉGION UN JOURNAL INDÉPENDANT QUI NOUS SOUTIENT.


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