• Max Béranger, tant d'années maire de Gigors et Lozeron

    Cet article a été publié par Le Crestois en 2010

     

    Max Béranger, tant d'années maire de Gigors et LozeronIl y a la poignée de main qui vous dit: Celui là, c’est du solide; le grand rire, le tutoiement immédiat, le regard clair aussi. Et la force des convictions que l’on devine immédiatement dans le propos. La manière de dire, enfin, pleine de jolies formules. Max Béranger est un de ces personnages magnifiques qui auraient fait le bonheur d’un écrivain. Et l’on enrage de n’en point avoir la plume pour lui rendre le juste hommage qu’il mérite.
    Résumons, si c’est possible. Instituteur des décennies durant dans toute la région, maire deux mandats de suite à Gigors, agriculteur, un quart de siècle, président de la maison des jeunes de Crest, syndicaliste et la liste n’est pas complète, il s’en faut de beaucoup.

    Max Béranger, tant d'années maire de Gigors et LozeronIl est né à Gigors, il y a soixante dix ans, d’une famille qui est aussi vieille que les pierres du village. « Au temps des Gaulois, s’amuse-t-il, mes chromosomes étaient déjà là ». Son grand père était Fernand Bérard, une de ces figures que les vieux connaissaient bien, déjà maire du village en son temps. Et il se peut bien que le petit-fils ait un peu été élu, en 1971, en souvenir du grand père. Et, en fouillant dans les vieux papiers Max Béranger a retrouvé trace des siens jusqu’en 1636. Un bail.

    L’histoire des siens est d’abord celle des ouvriers de filatures dans la région. Et celle de la débandade de ces entreprises qui va conduire le père de Max des Moulinages Rey à Crest vers l’ Ardèche, où il retrouve du travail à Viviers sur Rhône.
    Et puis en 1958, le grand père agriculteur étant tombé malade, c’est le retour dans cette grande ferme, aux Trois Prés, entre Beaufort et Gigors en lisière de forêt où sa famille reprend une activité agricole. Solide bâtiment qui date de 1733 et qu’un ancêtre a racheté comme bien national en 1811.

    Max Béranger, tant d'années maire de Gigors et Lozeron LA FERME INCENDIÉE.-Max Béranger y a vécu là de rudes moments. Parce que c’est aussi là qu’enfant il passe la guerre. Son père est prisonnier. Son grand père aide notoirement les résistants. C’est dans la ferme que se cachent des jeunes fuyant le STO, c’est là que sont dissimulés des postes de radio. Au point que le 30 juillet 1944, les Allemands remontent tout exprès pour incendier le bâtiment. A l’instant, de le raconter, son regard se voile. La famille devra vivre trois semaines dissimulée dans les bois. Sur ces heures là, il en sait long. Il tend sa main vers le journaliste: « Ca, tu l’écris pas... » Un silence et puis « Mon grand père disait: « On ne peut pas faire la guerre toute sa vie » ».

    C’est donc un jeune homme marqué par ces rudes événements qui passe ses baccalauréats au lycée de Crest, part en Algérie, puis revient et devient instituteur. Il épouse Gilberte, en 1964, dont il aura trois filles Valérie, Sandrine et Karine dont on sent bien, à son ton, combien il est fier.
    Max Béranger a exercé à Crest, à Nyons, à Saint Didier de Charpeys, à Livron. « Dans mes classes j’ai eu jusqu’à 40% d’étrangers, dans ces temps là. Des enfants de gars qu’on allait chercher dans le fond de leur bled en Algérie. Ce qu’il leur fallait c’était un service social. Il fallait les accueillir, ces malheureux! C’est pour ça que je me suis occupé de la Maison des Jeunes. Je l’ai vue sortir de terre. » Et c’est aussi pour ça, qu’il devient syndicaliste, au Syndicat National des Instituteurs, le SNI, proche du Parti Communiste. « Je n’ai jamais été membre du Parti Communiste, mais les idées, ça bien sûr... Mon grand-père, déjà. Tu comprends, j’ai été formé. C’est une philosophie. Je prends les idées qui me plaisent.». Et il part d’un grand éclat de rire. Le grand-père justement, « je l’ai suivi plus d’une fois dans les couloirs de la Préfecture, lorsqu’il était maire. »

    Max Béranger, tant d'années maire de Gigors et LozeronAlors, le virus ayant ainsi été inoculé, Max Béranger est élu maire de Gigors en 1971. « A Gigors, on a toujours voté à gauche. Faut voter à gauche, donc on vote à gauche. C’est comme ça... Un jour, après un premier tour où la gauche avait eu 75 voix, j’annonce à une amie, ce sera 75 au deuxième tour. Manque de pot, ça a été 74. Il y a un gars qui avait 40 de fièvre. Il n’a pas pu venir. Mais sinon, on ne pouvait pas se tromper. »

    Max Béranger, tant d'années maire de Gigors et LozeronLA GUERRE DE L’EAU.- Max Béranger incarne alors cette génération de maires qui prend le pouvoir dans les années soixante dix, relayant une génération très marquée par la guerre. Les nouveaux élus sont pleins de projets de rénovation rurale. C’est à eux que l’on doit, par exemple, l’actuel District d’Aménagement du Val de Drôme, ultime avatar d’organisations autrement baptisées. Max Béranger fut de cette aventure. « Parmi la soixantaine de projets qu’on avait imaginé, il y avait même déjà l’idée de tirer parti de nos plantes...ce que fera Sanoflore, par la suite. »

     Il se souvient, à Gigors, d’avoir renforcé le réseau électrique, d’avoir amené un approvisionnement en eau normal à Lozeron où l’ambiance était devenue tendue entre les habitants parce que précisément l’eau manquait.
    Il a vu tout son petit monde changer. « La fin des guerres de religion, c’est 1950. Avant, un mariage mixte entre catholique et protestant, c’était une tragédie ».
                    

    Max Béranger, tant d'années maire de Gigors et LozeronLE CHEVAL DE COURSE.- Mais, Max Béranger qui aura eu 70 ans le 14 mars 2010 - « Le jour de la mort de Karl Marx, mais ça tu l’écris pas », ben si Max, pourquoi je l’écrirais pas?- est avant tout un agriculteur.  Tous ceux qui passent sur le plateau des Chaux, voient souvent son break Volvo dans les vignes auxquelles il s’est mis, après avoir élevé des moutons, des volailles et cultivé sa terre. Il tend le bras et montre une lointaine plantation « Tu vois là bas, j’ai mis des amandiers. Pour la première récolte, cette année, j’en ai fait une tonne. » Et l’on sent qu’il en est fier, comme de toutes ses récoltes, avant celle là. Ou comme son ancêtre qui, en 1880, alors qu’il élevait des chevaux en un temps où il en fallait pour carrioles et labours, réussit même à vendre un cheval de course. Prix: 15 000 francs. Des francs de 1880. Ca, c’était du sérieux.

     

    La dynastie des LapraLà bas vers Couspeau, lorsque souffle le vent fortEN PUBLIANT CE TEXTE, J'OFFRE GRATUITEMENT UN ÉLÉMENT DES ARCHIVES DU CRESTOIS. MAINTENONS DANS NOTRE RÉGION UN JOURNAL INDÉPENDANT QUI NOUS SOUTIENT.
                                                 


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