• Volkswagen ou la Corée du NordJ'avais évoqué, dès les débuts de l'affaire Volkswagen, le caractère très intriguant de ce qu'une fraude pareille ait pu être dissimulée, méconnue à l'intérieur d'une structure humaine de cette ampleur, au point qu'on finissait par se demander où situer les véritables responsables. On pouvait même imaginer qu'à l'intérieur du groupe, quelques uns, considérant que tous les moyens étaient bons, faisaient leur petite tambouille de leur côté.

    Volkswagen ou la Corée du NordCe n'était pas cela: Le Monde nous raconte une atmosphère de terreur à l'intérieur de l'entreprise au point que le Spiegel aurait dit: "C'était la Corée du Nord" et c'était largement du à Ferdinand Puech (photo), le précédent patron de l'entreprise. On lira cet article avec intérêt mais il faut réfléchir au delà. Car l'affaire nous donne une mesure de l'impact des systèmes hiérarchiques qui se mettent en place à l'intérieur des entreprises, du niveau d'obéissance que l'on peut exiger de gens qui sont tout-de-même des ingénieurs, c'est-à-dire des personnes brillantes. 

    Le cas n'est pas sans précédent, il s'en faut. On a vu, dans d'innombrables petites - ou grosses- entreprises du bâtiment (ou autres), des petites mains trouver les moyens d'en prendre à leur aise avec les règles de sécurité du personnel. De même, on a vu des personnels de rang intermédiaire, dans ce que l'on appelle de façon détestable les "ressources humaines", trafiquer les règles et les pratiques pour que des employés soient utilisés dans des conditions illégales.

    Ceci dit le niveau de conditionnement auquel on peut parvenir, il est vrai par la peur. Car on ne peut systématiquement imputer à ces "petits délinquants" de l'entreprise une volonté initiale de tricher. Simplement, craignant pour leur propre poste, donc pour leur famille, ils sortent du droit chemin. C'est tout de même très éloquent sur notre société. Ca l'est évidemment aussi sur le fameux "modèle allemand". Rappelons que Ferdinand Puech était le petit-fils de Ferdinand Porsche, le fondateur de la marque célèbre...et surtout de la fameuse "Coccinelle ", donc le père de VW. Je ne veux pas faire de la psychologie de bazar, mais il y a tout de même une continuité que l'on peut soupçonner là dans l'atmosphère de l'entreprise.


    votre commentaire

  • votre commentaire
  • VW: Faites le calcul vous-mêmeLa direction de la concurrence et de la consommation vient d'ouvrir une enquête sur le dispositif de fraude aux évaluations de la pollution par Volkswagen en France. Pour mémoire, en cas de tromperie du consommateur et pratique commerciale trompeuse, l'article L120-1 et suivants du Code de la Consommation prévoient pour les personnes physiques des peines maximales de deux ans d'emprisonnement et 300'000 euros d'amende, et pour les personnes morales 1,5 million d'euros d'amende, pouvant être porté à 10% du chiffre d'affaires moyen annuel calculé sur les trois derniers exercices. Or, le constructeur allemand a annoncé  qu'en France, 946'092 véhicules étaient concernés. La ministre de l'Ecologie Ségolène Royal a déclaré de son côté que les aides publiques pour l'achat de véhicules Volkswagen présentés comme propres, que le gouvernement estime à 1000 euros par véhicule, devront être remboursées.

    C'était notre émission: ça pollue beaucoup mais surtout ça douille un max.

    Sur le sujet: "On a totalement merdé" 

    Volkswagen seulement? 

    Les difficultés de VW racontent celles d'une nation 

    Mauvais signaux d'Allemagne

     

     


    votre commentaire
  • Volkswagen, Toshiba: Lorsque la triche domine la loiIl faut lire un certain nombre de grandes affaires actuelles avec un peu de pragmatisme. On vient d'avoir droit à la gigantesque fraude de Volkswagen; il y en a une autre chez Toshiba qui concerne, elle, la comptabilité truquée de l'entreprise (on voit sur la photo, les patrons s'excuser à la japonaise). Et le genre vient de s'enrichir d'une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui a constaté de « nombreuses anomalies » concernant la sécurité des cigarettes électroniques. Réalisée en 2014, cette campagne de vérifications conclut à une non-conformité de 90 % des liquides prélevés et de près de la totalité des chargeurs. Lorsqu'on en est à des échelles aussi considérables, il est rigoureusement invraisemblable que les complicités internes dans la mise en place de procédures irrégulières n'aient pas été nombreuses.

    Dans un cas - Volkswagen- il a bien fallu que des ouvriers installent le logiciel frauduleux. Je veux bien que beaucoup ne savaient pas à quoi il servait, mais, très probablement, il a fallu qu'on tienne un discours de justification vis-à-vis des plus compétents des techniciens, assurément des ingénieurs. Ca fait du monde. Chez Toshiba, il est fatal qu'un certain nombre de comptables, même à des échelons moyens, aient été informés, au minimum suspicieux. 

    Ceci implique qu'on a tenu à ces gens de rang intermédiaire un discours de justification de ces pratiques qui faisait comprendre que la loi de l'entreprise était supérieure à la loi tout court. Et c'est apparu à ces personnels comme acceptable. 

    Lorsqu'on y réfléchit bien, on se dit que c'est très vraisemblable, que peut-être même cela pourrait arriver dans nos entreprises, je veux dire celles où nous avons travaillé. Après tout, il nous arrive de trouver la loi illégitime, de trouver des procédures trop lourdes, trop longues, etc. Alors, comme dirait l'autre, on "s'arrange".

    Il est intéressant que les deux affaires en cause concernent des entreprises qui ont un considérable "discours d'entreprise", où pratiquement on naît pour y mourir, qui sont, en quelque sorte, des "sociétés" (non pas commerciale, mais des univers de vie) à elles seules. Il est de notoriété publique que beaucoup d'entreprises développent des efforts considérables - et financièrement onéreux- pour obtenir la cohésion de leur personnel, pour imposer un langage commun, une doctrine. Une loi?

    Je ne crois pas qu'il soit possible d'évaluer le nombre d'entreprises où des pratiques disons sportives se font en raison de cette domination du discours interne sur la loi commune. Mais je parie que ce nombre est important. Sans doute ne va-t-on pas jusqu'à des fraudes de l'ampleur de celle de VW. Mais la somme des petites fraudes risque de faire beaucoup.


    votre commentaire
  • Volkswagen seulement?J'avais eu la curiosité de regarder, le jour des révélations concernant Volkswagen, les cours de bourse de Peugeot, convaincu que le malheur de l'un ferait le bonheur de l'autre. Eh bien c'est en réalité l'exact contraire qui s'est produit:  l'action Peugeot a perdu 10% de sa valeur en deux jours. D'où, évidemment un peu de gamberge. Se pourrait-il que, dans les milieux boursiers, probablement bien informés, on ait de lourds soupçons sur les pratiques globales du milieu automobile en matière de dépollution?

    M'est alors revenu à l'esprit un bout de conversation que j'avais eu avec un spécialiste furieux de voir que les constructeurs européens se gavaient de subventions bruxelloises pour lancer de supposées études écologiques qui ne débouchaient jamais sur rien. Je ne connais rien aux particules fines, ni à aucun des procédés en cause, mais je dois dire que la vraisemblance d'une pareille hypothèse me paraît à considérer.

    Parce que l'écart entre les discours publics et les pratiques atteint parfois les dimensions d'abysses. Boeing, dans les très libéraux USA, est massivement soutenu par son gouvernement, par le biais habile de contrats militaires. De même pour le monde agricole américain, bien plus subventionné que les paysans français. Et nous, comme des cons, on dérégule comme des fous tandis que les théoriciens de la dérégulation ne le font eux-mêmes pas. Lorsque les bornes sont franchies, il n'y a plus de limite. Alors entre ce qu'on annonce en matière de voiture "propre" et la réalité...

    J'aimerais bien être, en ce moment, comme une souris dans les cabinets de nos ministères où l'on doit appeler comme des fous Peugeot, Renault, etc. pour s'assurer: "Vous êtes vraiment clean, les gars, c'est sûr, sûr, sûr?" Parce qu'évidemment ça ferait tout drôle si, dans dix jours, comme par hasard, on voyait la liste s'allonger.


    votre commentaire
  • Au moins, c'est clair. Le patron de Volkswagen USA a reconnu la fraude de façon abrupte. Le choix des mots n'est pas neutre. Il veut attirer la sympathie du public par une franchise brutale. Ne nous y trompons pas: on est dans de la com' à 1000%. Ne doutons pas que dix conseillers se sont pressés autour de lui pour choisir entre la formule: "Ce que nous avons fait est à chier", ou bien "Nous sommes des sales cons".  On veut bien avoir l'air de benêts mais dans des limites raisonnables. 

    Maintenant, il serait passionnant de connaître le fond de l'affaire que, bien entendu, nous ne saurons jamais. On l'a compris ... dès qu'on nous a annoncé la totale transparence. Car, dans cette affaire, il ne peut pas y avoir de transparence. L'enjeu est trop important. En gros, il y a deux options: soit dans la gigantesque machinerie humaine qu'est une entreprise de cette taille existent des sous-départements, des cellules obscures qui travaillent avec - comment dire? - leurs ...méthodes. Il ne faut pas se raconter des histoires: elles existent partout, ces petites unités qui estiment n'avoir de comptes à rendre à personne et qui mènent "leur" politique. On aimerait, on voudrait pouvoir dire que toutes les grandes organisations dans un état de droit sont sous contrôle. Je ne n'y crois pas.

    Soit ce qui s'est produit est le fruit d'une politique délibérée. Michael Horn, le PDG du groupe mondial, savait fort bien, mieux même l'ordonnait. Dans tous les cas de figures, il est responsable. Il est intolérable sur le principe qu'on passe quoi que ce soit. Mais chacun voit bien que la première éventualité est aussi grave que la seconde. En particulier parce qu'on est en droit de penser que dans d'autres entreprises, d'autres déviances de ce type peuvent se produire. C'est hautement probable, très inquiétant. Mais indémontrable.

    Je me permets de rappeler que le 12 août déjà, je signalais les faiblesses de VW ici.


    votre commentaire
  • Les difficultés Volkswagen racontent bien celles de l'époqueQue les choses soient claires: je ne connais rien aux voitures. Mais il arrive que l'aventure d'une entreprise nous raconte un bout de l'histoire du monde. C'est le cas aujourd'hui avec Volkswagen. Car, malgré de superbes réserves, la marque historique autour de laquelle est constitué le groupe ne va pas très bien. J'avais signalé ici le danger qu'était pour un pays de dépendre largement de marchés extérieurs. La Chine a ralenti sa croissance en 2014 (divisée par deux à 7%) puis une quasi-stagnation avec certains mois en baisse depuis le début de l'année 2015. Or VW y avait massivement investi. Au surplus, le consommateur chinois aime des types de voitures (SUV) que VW produit peu  ou des marques locales. Donc les ventes y ont baissé de 3,9%  au premier semestre. Idem en Amérique latine: - 22% de ventes en moins sur la période, dont presque 30% sur le seul Brésil.

    C'est que VW vit sur des modèles anciens vaguement remis au goût du jour et soutenus par un marketing agressif. Mais en revanche le service après-vente apparaît comme hautain et la qualité contestable. Renault est le troisième constructeur, deuxième européen en terme de fiabilité à l'enquête Auto Plus du début de l'année, les Allemands de VAG se situent à partir du 15 ème rang, Audi étant le dernier, 20 ème sur ...20. 

    La marque historique du groupe est aujourd'hui confrontée à une véritable érosion de ses ventes couplée à une forte baisse de sa rentabilité. Volkswagen est la seule des marques automobiles du groupe à avoir enregistré des ventes mondiales en baisse sur le premier trimestre. Les immatriculations signées de la marque historique VW ont baissé de 3,9% en six mois, là où toutes ses consoeurs sont en hausse (Audi, Skoda et même Seat). Très emblématique de l'époque que nous vivons, VW a voulu faire des voitures compliquées. Mais elle n'arrive pas à répercuter ses sophistications dans ses prix. Cette affaire est révélatrice de l'époque où le marketing est omniprésent. Et on ne peut pas chipoter sur la qualité de celui de VW. Mais si c'est pour vendre avec des marges faibles, des produits de conception ancienne et de médiocre qualité, ça devient un problème.

    La fascination technologique est une maladie de notre époque. Combien sommes-nous à déplorer des produits bien trop sophistiqués pour nous? La leçon amenée par la bien modeste Dacia qui est un succès de vente ne finira-t-elle pas par payer? Enfin, l'accès aux marchés lointains se paye cher et lorsqu'ils se retournent, c'est hautement problématique. Tant mieux pour elle, VW a de belles réserves mais on voit bien ici les effets de mode qui ont joué dans le mauvais sens.

    Un mot de la firme américaine de haut de gamme Tesla qui, chaque fois qu'elle vend une voiture perd 4000 dollars. Ca c'est de la gestion moderne.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique