• Y eût-il jamais si grand désarroi?

    Y eût-il jamais si grand désarroi?Je suis extrêmement frappé de l'ampleur du désarroi que renvoie ce que l'on peut connaître de l'opinion. J'ai déjà eu l'occasion d'écrire ici ce que je pensais de la diffusion si large désormais des théories complotistes. Mais il y a davantage. Je vois bien sur les réseaux sociaux - parfois en réponse à quelques uns de mes écrits- des délires qui m'inquiètent. La moindre des choses serait en fait décidée dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Tout serait voulu par une oligarchie secrète qui, j'imagine, se réunit la nuit, encagoulée dans les caves de Londres.

    Je vois bien qu'il y a, là derrière, des prémisses exactes. Il est incontestable que des grandes écoles ont créé le moule d'une classe dirigeante standardisée. Il est incontestable qu'existe un discours commun de ces élites dont on voit bien qu'il suscite une défiance croissante, parfois pour l'unique raison qu'il est précisément tenu par cette élite.

    Y eût-il jamais si grand désarroi?CONFORTABLE.- Mais je refuse de faire le saut que j'observe si souvent qui voudrait que cette élite dirige pour de bon, que le monde lui appartienne. Je vois parfaitement ce qu'il y a de confortable à développer des raisonnements sur ce mode. Cela induit que quelque part une impulsion est donnée, que nous sommes les esclaves d'une volonté secrète.

    Y eût-il jamais si grand désarroi?Je n'y crois pas. Ces raisonnements nous arrangent. C'est bien pire. La théorie du/des chef/s d'orchestre clandestin construit un monde qui suivrait un itinéraire préétabli. Il n'y a pas d'itinéraire. Il y a un affrontement de forces volontaires (dont celles des élites, d'accord) et puis il y a l'immensité du marais. Et ce marais offre une résistance qu'on mésestime totalement même si, par définition, il n'est pas organisé. Sur un certain nombre de thèmes, des forces infimes en regard de celles des élites, ont fini par travailler le marais et s'imposer aux élites. Qui voulait de l'écologie? Qui voulait de la transition énergique? Qui se souvient de l'immensité des forces qui étaient derrière l'URSS et qui ont du plier? Qui voulait même des formes de la démocratie qui, malgré des revers, avancent, notamment par la circulation des idées qu'ont imposé les réseaux sociaux?   Simplement, il est accablant des  voir ceux-ci servir à relayer les voix de la grande déprime, les théories bidons et les humeurs dont certaines sont particulièrement toxiques. Elles sont les marques d'un affaiblissement de la pensée, de la vigilance dans le raisonnement.

    Y eût-il jamais si grand désarroi?PLACARD.-Ceci posé, je comprends le désarroi. Je le ressens moi-même. D'ailleurs je le vois jusqu'au sommet, précisément jusqu'à ces élites. On le voit à la présidence de la république française. C'est un signal d'un désarroi absolu que de voir ses opposants, la droite, ressortir le même candidat à la prochaine présidentielle, tout simplement parce qu'elle ne sait plus où elle veut aller. Elle ne produit plus de forces nouvelles. On ressort un gaillard du placard.

    Le monde est devenu illisible. C'est très déstabilisant. Des forces émergent mais pour quelques années puis disparaissent. Notre vrai défi est d'assumer cela. Il est autrement courageux d'accepter cette grande errance que de se raconter un thriller dont ni les personnages ni le scénario ne convainquent. Et assurément, une pathologie de ce temps, dont les réseaux sociaux permettent qu'elle se répande comme un virus, est cette forme de désarroi.

     

    PS.- Je viens d'écouter la conférence de presse de Hollande qui a été assez bonne et, sur le point précis que j'évoque, explicite. Je me dis que ce ne doit pas être marrant d'être à ce poste en sentant son propre peuple dans tant de désarroi.

     

    JE REMERCIE CEUX QUI VEULENT COMMENTER DE LE FAIRE ICI. QUELLE QU'AIT ÉTÉ MA CARRIÈRE ANTÉRIEURE, CE BLOG N'EXPRIME PAS LES OPINIONS DU JOURNAL LE CRESTOIS MAIS LES MIENNES PROPRES.


  • Commentaires

    1
    Dimanche 5 Octobre 2014 à 19:31

    Je reçois de M. Fred Mara ce commentaire fort pertinent:

    un excellent article, une synthèse cohérente: comme vous je pense que le moule incassable des élites produit les mêmes dirigeants, incapables d'idées nouvelles. Mais les hommes politiques doivent avoir une vision de l'avenir fournie par les intellectuels, qui, sauf quelques caricatures médiatiques injustement sacralisées, ne sont pas audibles par tous . La défiance des populations envers les politiques est la résultante de ces manques: manque d'idées et de vision des politiques, manque d'intellectuels résonnants qui devraient débattre et proposer un horizon serein. L'époque est une mutation dans le brouillard, les populations le ressentent, le vivent au quotidien, et sont désorientées. Elles expriment la peur et le replis sur soi, voir la haine de l'autre, de l'inconnu, l'angoisse de l'avenir et la défiance envers les élites. Merci pour cet article qui trouve son écho dans mes interrogations!

    2
    Dimanche 5 Octobre 2014 à 20:41

    entre 2 séances de travail je suis régulièrement vos articles, très intéressants et parfois humoristiques ! Bravo !

    FRED MARA artiste plasticien

    3
    Dimanche 5 Octobre 2014 à 20:43

    @Fred Mara: c'est agréable de recevoir des encouragements

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