• Décervelage et trépignement

    Décervelage et trépignementL'époque me fait l'effet d'être celle du creux. Du vide. Je suis frappé de ce que, dans la plupart des lieux publics que nous traversons, on nous diffuse de la musique. Et je ne dirai rien de cette musique. De la musique comme s'il fallait absolument que quelque Décervelage et trépignementchose remplisse notre cerveau. Prenne la place d'une pensée propre et autonome. Le combat pour une pensée libre, pour une décision individuelle est devenu de plus en plus difficile. Le marketing, qui est la rationalisation de la malhonnêteté, la mise en scène  d'un vol élégant, nous réduit en équations. Vous parlez à un professionnel de la téléphonie, de l'automobile, de l'assurance? Vous savez qu'on vous ment. Qui n'a pas considéré, quelques jours après un achat, l'objet acheté avec dégoût: "je me suis encore fait avoir". J'entre dans un supermarché? Je vais me faire avoir. C'est le lieu du vol. Je parle à un assureur? Je sais qu'il me cache quelque chose. Et ce qu'il y a de terrible c'est qu'on forme nos enfants, dans des écoles de commerce, à devenir les voleurs élégants. On emballe ces procédés d'un pathos qui fait chic, mais au total il s'agit quand même de programmer le pigeon.

    Et, malheureusement, le discours politique, à son tour est devenu un discours de marketing.

     

    Décervelage et trépignementFICELLE MANIPULATRICE.- Les techniques de diffusion de l'information en sont un coefficient multiplicateur. Dans notre temps d'instantanéïté, la vitesse de diffusion d'une connerie ou d'un mensonge est sidérante. Songez à tous ces importants, ministres, Décervelage et trépignementdéputés, PDG, qui sont sur Twitter ou Facebook. Qu elle tristesse! La pensée en 140 signes! Je suis accablé de trouver dans ces multiples lieux électroniques contemporains des esprits supposés raisonnables et surtout cultivés, reprendre des théories qui puent la ficelle manipulatrice, proposer des appréciations instantanées à des situations issues des temps anciens. Parmi mes supposés "amis" sur Facebook, il y a un universitaire très distingué qui "poste" un message toutes les heures lorsqu'il ne va pas bien. Lorsque c'est toutes les deux heures, c'est qu'il traverse une dépression profonde. La visibilité, vous comprenez...

    Si quelque chose dans le pays, dans le monde, dans la galaxie ne va pas, il faut que demain ça aille. Tout de suite. Impérativement. L'horizon, c'est le journal de vingt heure. Et dans l'intervalle, on diffusera de la musique. Et encore, cette échéance là est presque du long terme. Parce que, dans l'intervalle, il y aura eu un peu partout des milliers de commentaires sur des blogs, sur Facebook. Et tout cela, comme la goutte d'eau sur le sol, le pourrit, le détruit.

    Décervelage et trépignementBIEN CACHÉS.- Ici ou là, il y a parfois, cachés dans la broussaille, des vrais porteurs de long terme. Vraiment cachés. Eux ne trépignent pas. Mais alors, pour les trouver, quelle histoire! Ou plutôt, quelle chance. Parce que tandis que tous les autres sont flêchés, balisés, recommandés, "aimés", eux boivent le pastis d'une petite terrasse de bistrot, connus au mieux du serveur. On s'assoit par hasard à la table voisine et, à cause d'un couteau tombé au sol et qu'on ramasse pour eux, la conversation s'engage. Et alors quel bonheur! Mais Dieu qu'il en manque!

    Le métier de journaliste devrait être d'aller à la recherche de ceux là. Mais comment faire quand personne n'est prêt à payer pour celà, quand règne, en conséquence, une pure esthétisation des informations, toujours les mêmes, que contrôlent, indirectement, les professionnels de la téléphonie, de l'assurance etc. (Voir plus haut)

    Il faut retrouver le temps, éteindre la musique, payer pour cela très cher. En somme devenir un moine de l'information. Se vêtir d'une robe de bure parce que, de toutes façons, on ne pourra rien se payer d'autre.

    signature jm


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