• Cameron prisonnier de sa propre tactiqueDavid Cameron commence à paniquer. Il avait agité la menace du référendum sur la sortie de l'Europe en espérant obtenir des concessions bruxelloises. Pour le moment, elles ne viennent pas pour l'excellente raison qu'avec la crise des migrants, il y a d'autres urgences. Mais, pendant ce temps là, la campagne pour le "non" (c'est-à-dire pour le départ de l'Europe) se développe en Grande-Bretagne. Elle utilise des arguments qui font peur au 10 Downing street en particulier celui selon lequel en votant non, la Grande-Bretagne serait plus forte pour obtenir de nouvelles concessions européennes. Argument bizarroïde, on en conviendra.

    Cameron prisonnier de sa propre tactiqueDonc, Cameron a été contraint de rappeler que "non, c'est non" et que ce serait clairement une sortie de l'Europe. Or, des études répétées montrent les avantages substantiels que la Grande-Bretagne tire de l'Europe. Ainsi par exemple, une étude vient de montrer que seules 10% des fermes agricoles pourraient se maintenir puisque les concours européens représentent de 30 à 50% des revenus des paysans britanniques en moyenne.  L'agriculture serait donc très sérieusement impactée.

    Le gouverneur de la Banque d'Angleterre en personne a estimé publiquement que la Grande-Bretagne avait gagné en ouverture. Tout ceci pour ne rien dire de la City qui est vent debout contre l'idée d'un Brexit car le risque serait alors que d'autres places financières grignotent ses positions. Or, l'emploi dans le secteur bancaire et financier représente un pourcentage non négligeable de l'emploi global en Grande-Bretagne. Bref, Cameron est très mal et d'autant plus que chacun a son petit jeu à jouer. L'UKIP europhobe a obtenu de bons résultats aux dernières législatives et sera menaçant pour de futurs scrutins. Donc Cameron est prisonnier de ce qui fut sa propre tactique. Et toute la question est de savoir jusqu'où il pourra se dédire. 

     


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  • Adieu les armes de destructions massives, bonjour le complotL'obligation qui vient d'être faite à Hilary Clinton de révéler tous les mails qu'elle avait sur une messagerie privée a eu un effet totalement inattendu. En effet, s'y trouvent des messages datant de la présidence Bush et révélant qu'UN AN AVANT le déclenchement de la guerre en Irak, Tony Blair et George W. Bush étaient en train de comploter pour une opération militaire et que les services américains agissaient même... à l'intérieur du Labour Party pour bien s'assurer que des dirigeants appuieraient l'opération.

    Adieu les armes de destructions massives, bonjour le complotC'est l'effondrement de la thèse de l'erreur qui aurait été faite sur les fameuses "armes de destruction massive". C'est l'aveu d'une manipulation de tous les autres dirigeants du monde depuis la tribune des Nations Unies. C'est la définitive déconsidération de la parole officielle de ces deux dirigeants. On en trouvera les détails ici. Et les mémos qui sont ainsi révélés ne viennent pas d'un journaliste en mal de copie, mais de Colin Powell, ministre de George Bush.

    Quelques petites remarques accessoires. Mme. Clinton avait donc sous les yeux la preuve de la trahison de George Bush depuis des années. Elle ne s'en est pas servie. Ce qui accessoirement montre une certaine solidarité entre travaillistes britanniques et démocrates américains en dépit de ce que le Mail on Sunday appelle le "pacte de sang" entre Bush et Blair. Par ailleurs, s'il y en a qui doivent se mordre les doigts aujourd'hui d'avoir fait une campagne pour obtenir la révélation de ces mails, ce sont bien les Républicains américains. Quel effet boomerang! On souhaite bien du plaisir à M. Jeb Bush, frère de qui-vous-savez, pour la suite de sa campagne présidentielle. Enfin une curiosité: il semble que M. Colin Powell se rapproche de Mme. Clinton à propos de cette présidentielle de 2016. Ca n'a rien à voir?

     


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  • L'Irlande du Nord à nouveau à feu et à sangTrois mois après l'assassinat d'un ancien militant de l'IRA militaire, Joc Davison,  un autre vient d'être assassiné: Kevin Mc Guigan. Ceci a entraîné la démission du premier ministre protestant d'Irlande du Nord qui semble estimer que les conditions d'une cohabitation avec le Sinn Fein, catholique, n'est plus possible.


    Le fond de l'affaire est compliqué ... et a été fort bien raconté par Stuart Neville
    , un auteur de polar, dont je recommande tout ce qu'il a écrit sur l'Irlande du Nord. Il semble que quelques anciens de l'IRA paramilitaire, constatant la prolifération de réseaux de dealers de drogue (ce que raconte Neville), probablement parmi leurs anciens membres, aient décidé de mettre de l'ordre. C'est à dire qu'ils ont reconstitué un drôle de réseau - Action Against Drugs- qui flingue les dealers. Le réseau remonte haut parmi les anciens paramilitaires catholiques irlandais puisqu'on vient de voir interrogés (et libérés) parmi les plus hauts membres du Sinn Fein (ex IRA).

    Le fait que l'affaire remonte si haut et provoque d'aussi considérables troubles politiques montre à quel degré l'Irlande du Nord peine à retrouver son équilibre, ce qui tend à prouver que l'histoire, surtout si elle est violente, dure longtemps. Ceci dit ce qui est assez intéressant c'est que, pour une fois, il ne semble pas que ce soient des contre-coups politiques au sens strict, comme on l'a vu lorsqu'eurent lieu des liquidations d'anciens traîtres du combat para-militaire: Sorj Chalandon l'a fort bien raconté dans son terrible Retour à Killybegs. (J'en avais parlé ici). Là, il semble que ce soient des "anciens combattants" qui ne supportent pas de voir leurs anciens camarades donner, par le trafic de drogue, une image aussi désastreuse de ce qu'ils furent. Mais enfin si, en plus les justiciers se flinguent entre eux, ça devient trop compliqué pour moi... et pour le Premier ministre d'Irlande du Nord.

    L'Irlande du Nord à nouveau à feu et à sang

     


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    Le gouvernement britannique qui a engagé une vague massive de réduction des dépenses est en train de reprendre une formule de Sarkozy: couper dans les dépenses de sécurité (cliquer sur la photo). Il faut rappeler en effet qu'il avait supprimé 12 000 postes de policiers et de gendarmes. Le Figaro - oui Le Figaro!- écrivait: « En 2007, la police nationale comptait 149.965 postes pourvus, équivalents à des temps pleins. Cinq ans plus tard, il n'en restait que 143.872, soit une baisse effective de 6 093 postes. Sur Twitter, le responsable du syndicat Unité SGP Police FO Nicolas Comte va plus loin et pointe 13.000 suppressions de postes dans la police et la gendarmerie entre 2008 et 2012. » Ce qui prouve qu'on peut, en toute sérénité, dire une chose et faire son exact contraire. À un certain niveau de pouvoir, ça n'a aucune importance. Le ministère de l'Intérieur britannique, le Home Office, pourrait voir ses dépenses coupées de plus de 25%. Et pendant ca temps là des hommes politiques du même parti hurlent à l'envahissement du pays par les immigrés... Ce qui pose accessoirement la question: qui a intérêt à l'insécurité? Rappelez-moi le nom des deux gouvernements engagés militairement en Lybie et dont le (tout relatif) succès a contribué à provoquer la vague migratoire actuelle.

     

     


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  • Il se passe en Grande-Bretagne quelque chose de très emblématique des temps que nous vivons.
    Il va falloir élire un nouveau leader au parti travailliste qui a subi une monstrueuse déculottée aux dernières élections législatives. Il se trouve que cavale très nettement en tête des sondages un dénommé Jeremy Corbyn que l'on situerait chez nous "à gauche de la gauche". Il a 17 points d'avance dans les sondages. 

    Panique dans l'establishment travailliste où l'on a mobilisé, notamment, tous les anciens premiers ministres pour dire le danger. Le problème est que cela a, très probablement, l'effet inverse de celui désiré: les électeurs travaillistes ne veulent absolument plus de ce genre de profils. Mais, étant donnée la nette avance de Corbyn, se pose la question de savoir si les autres candidats continueraient à servir le parti, en cas de victoire de Corbyn. Cette vidéo est éloquente (même si je dois constater que sa diffusion est médiocre).

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    On remarquera, dans cette vidéo, la réaction indignée d'une des interlocutrice à l'idée que le parti travailliste devienne un simple parti protestataire. Elle ne le dit pas, mais on le comprend: le Labour est fait pour aller au pouvoir. La volonté des adhérents, Mon Dieu, c'est intéressant, mais enfin... Comment ne pas penser à ce que nous vivons en France?

     Face à l'incontestable succès de cette voie différente, on utilise de petites saloperies comme celle qui consiste à suggérer que, parce qu'il a soutenu un comité de commémoration du massacre des Arabes à Deir Yassin, en Palestine,  en 1948 (évènement qui n'est plus contesté par personne) et qu'un des membres de ce comité est devenu négationniste de l'holocauste, Jeremy Corbyn en deviendrait suspect à son tour. Voici une interview agressive de Channel Four qui montre à la fois la vigueur de la campagne contre lui et, en même temps, que le journalistes lorsqu'ils veulent une réponse en Grande-Bretagne l'obtiennent. Ce qui n'est pas plus mal.

    En vérité, on est là en présence de ces surgissements très significatifs dans la vie de nos grandes nations: la demande d'autres voies et d'autres voix que j'avais déjà notée ici. C'est malheureux à dire, mais en mettant dans le discours public - pour s'y opposer- le terme d'"établissement" (par allusion à l'"establishment" anglais), le Front National voyait juste. Du reste, des mouvances fort éloignées et qui le combattent ont repris la formule ou se sont présentées comme "anti-système" ce qui veut dire la même chose. 

    Je m'amuse de plusieurs choses: D'abord, comme pratiquement toujours, les anti-systèmes sont très forts pour utiliser les médias du système qui, eux-mêmes, courent toujours derrière le dernier cheval, trouvant du reste, une jubilation masochiste à se faire traiter de salauds. Je ne suis pas sûr que Corbyn ait toujours des idées de génie, par exemple, lorsque, pour préserver les femmes des agressions sexuelles dans les transports publics, il propose des wagons différenciés par sexe.

    Mais peu importe. Corbyn ne m'intéresse pas: je n'ai pas assez de données sur les demandes du public britannique. C'est bien davantage le symptôme qui est intéressant: l'usure d'un discours trop lisse, trop convenu.  On dit que les politiques sont toujours les mêmes. Je le crois moins que le sentiment d'une impuissance du monde politique, impuissance dont il faut dire qu'elle vient des générations antérieures. Nos actuels dirigeants ont hérité des abandons de leurs prédécesseurs. On avait cru, avec Syriza, que pourrait se mettre en place un pouvoir qui ferait marche arrière. On vient de voir que non.

    N'ayant pas, moi-même, la science infuse, je me méfie de ceux qui affirment l'avoir. Je me demande au nom de quoi. Pour cette raison, je ne sais pas si l'on peut faire marche arrière. Je ne peux que constater l'immense demande de ce retour en arrière, vers un temps où l'on maîtrisait les choses. On voit bien, par exemple, que le "souverainisme" est la forme contemporaine de cette demande de ce retour en arrière.

    Quoi qu'il en soit dans cette vieille nation avec une reine désuète aux couvre-chefs terrifiants, voilà qu'apparaît aussi, fort bien placé un hétérodoxe intégral. C'est un signe des temps.


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  • Des parlementaires et des notables britanniques sont mis en cause dans une affaire de pédophilie. Mais ce genre d'affaires est à haut risque pour les journaux. On est sans cesse dans l'insinuation. Et le risque d'accusation sans preuve est énorme. D'où l'inconfort de la situation des journalistes qui peuvent faire d'énormes dégâts.


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