• Mon père, Waldeck Rochet

    Mon père, Waldeck RochetC'était le bon temps. Celui des haines recuites où entre gauche et droite on se traitait de « chiens courants du capitalisme » ou, à l'inverse, de « partageux » et de « moscoutaires ». Waldeck Rochet, secrétaire général du Parti Communiste de 64 à 72, dont il va être ici question a vécu cette période . Nous avons la chance, grâce à son fils Guy, ancien communiste lui-même, désormais installé à Saou, de connaître l'envers d'un personnage qui fut haï et adulé, qui tenta d'infléchir un parti qui avait grandi dans le culte de Staline.
    Mon père, Waldeck RochetGuy Rochet accueille dans une maison inondée de lumière qui a sans doute une des plus belles vues  sur Saou avec son promontoire qui se dresse au dessus de la commune et que l'on voit là, à travers une porte fenêtre.  
    De son père, il a une première image, celle de la Citroën traction qui, à la fin de la guerre, s'avance dans la cour de la ferme où il a vécu , des années durant caché, nourri par une mère, la délicieuse Eugénie. Elle courait les fermes en vélo pour nourrir ses trois enfants, deux fils et une fille.  Car Waldeck Rochet, né en 1905 en Saône et Loire, fils d'un sabotier hyperlaïc, qui lui avait donné ce prénom étrange par référence à Waldeck Rousseau (1846-1904), l'homme de la fameuse loi de 1901 sur les associations et sur la liberté accordée aux syndicats, fut prisonnier pendant la guerre en Algérie pour avoir été député communiste.  Il rejoint de Gaulle à Londres pour représenter auprès de lui les communistes. Et le petit Guy, avec son frère aînée et sa soeur cadette, vont pousser grâce aux mérites de leur mère qui les protège, loin d'un père qui, ce jour là, sortant de sa traction, leur paraît étonnamment grand. Ils en ont rêvé depuis tant d'années. « Ma soeur, dit Guy Rochet , embrassait sa photo tous les soirs ».

    Mon père, Waldeck RochetSTALINISME.-A partir de là, ils vont rejoindre Paris, logés comme on peut alors, chez quelques amis, dans un milieu où l'argent ne coule pas à flot. « Nos parents, dit Guy Rochet, étaient des gens intègres. Au parti, on était très à cheval sur les convenances. On m'avait mis en garde sur le fait de ne pas me faire prendre dans un mauvais coup. On ne divorçait pas. ». Les jeunes Rochet voient leur père- d'abord député de Saône et Loire et Loire, puis de la Seine, puis de la Seine Saint Denis- rentrer à la maison, manger en prenant des notes, son épouse poussant ses papiers pour faire place aux assiettes. Eugénie vivait dans l'ombre de son grand homme, mais, dit Guy Rocher: « Elle donnait son avis, faut voir comment ». Et il a des mains un geste qui fait claquer les doigts et qui fait comprendre que la femme supposée effacée ne l'était pas tant que l'on aurait pu croire.
    Nous sommes dans les années du stalinisme le plus noir. Waldeck Rochet monte dans l'appareil du parti. Charles Fitermann, son secrétaire, dira à Guy: « ton père est arrivé au pouvoir malgré lui ». C'est qu'il y a, quelque part, dans ce paysan qui a créé les organisations agricoles du parti communiste, une réticence vis-à-vis du culte de la personnalité. « Nous sommes allés en URSS avec nos parents, lorsque j'étais enfant, témoigne Guy Rochet. Mais nous étions constamment encadrés. Nous n'avons pas vu la réalité du pays. Mon père n'a pas voulu que nous soyons embrigadés dans les organisations de jeunesse qui dépendaient du système. »

    Mon père, Waldeck RochetENGONCÉ.-Et de fait, Waldeck Rochet appartient à la génération qui prend coup sur coup sur la tête le rapport Krouchtchev et l'intervention soviétique en 1956. Aujourd'hui, Guy Rochet admet bien volontiers que l'appareil du parti n'est, alors,  pas en mesure d'absorber ses révélations. Surtout, on sent chez lui, une souffrance toujours vive lorsqu'on lui parle de l'intervention des chars soviétiques à Prague en 1968. « Mon père (alors secrétaire général du parti) avait été désigné comme médiateur. Il avait obtenu des Soviétiques la garantie qu'ils n'interviendraient pas. Deux jours plus tard, ils l'ont fait. »
    En vérité, toute la vie de Waldeck Rochet, mais aussi des siens, car Guy sera aussi militant, est celle de l'espoir déçu de faire bouger un parti tout engoncé dans son stalinisme. ». On peut retrouver dans Le Monde de 1985 l'écho d'une protestation de Guy, communiste rénovateur, qui signe une protestation. « Je me suis fait convoquer par le (très stalinien) Gaston Plissonnier. Nous étions les enfants de nos parents, nous ne pouvons pas faire ce que nous voulions. »
    Waldeck Rochet, est aussi celui qui noue des relations discrètes avec François Mitterrand, relations qui mèneront au fameux programme commun de la gauche. Il interviendra après la mort, au terme d'une maladie dégénérative, en 1983, de Waldeck Rochet.

    Mon père, Waldeck RochetDOUTE.- Guy Rochet nous tend une information qui circule sur internet et selon laquelle Aragon aurait affirmé qu'il avait dit à Waldeck Rochet de ne pas aller en URSS car il y serait empoisonné. Il se souvient: « A sa mort, nous avons du faire une déclaration pour dire qu'il avait été bien traité. ». Il n'en dit pas plus, mais on sent bien que le doute est quelque part.
    Mon père, Waldeck RochetCet homme qui vit passer chez son père Aragon, déjà cité, mais aussi Maurice Thorez, Roland Leroy, Georges Marchais (qu'il a détesté) a mené sa vie comme technicien de télévision tout en conservant un engagement au PCF souligne que son père ne l'y a jamais poussé. « Ni à mon frère, ni à ma soeur, ni à ma moi, notre père n'a imposé notre engagement. Mais c'est vrai que c' était un monde incroyablement chaleureux et que nous nous y sentions bien. » Une seule fois, Guy Rochet se souvient d'avoir entendu un professeur l'appeler « fosse commune ». Ambiance...
    Guy Rochet, passionné de bicyclette, fondateur d'un club de vélo, de plus en plus critique vis-à-vis d'une direction du parti dont il n'approuvait plus les orientations, va au demeurant, conserver dans son engagement sportif la vocation sociale de la famille. A vélo, il a essayé d'intégrer des jeunes beurs à la dérive, avant de voir monter dans Sartrouville où il vivait avant de s'installer à Saou auprès de sa fille, des imams. Ils prendront en main cette jeunesse jadis encadrée par le parti. Entre le père et le fils, ce sont, en somme deux itinéraires qui, sous cet aspect très particulier, se sont prolongés. Guy Rochet a vu l'effondrement de ce que les amis de son père avaient construit. Et la nostalgie est perceptible chez lui de ce temps fait d'amitié fortes, de solidarités naturelles, dissoutes par l'aveuglement du parti  que finalement ses propres militants ont fini par comprendre.

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  • Commentaires

    1
    Oumellil Th-M
    Mardi 26 Mars à 23:38

    Merci à GUY---j'ai de bons souvenirs  , et de ton père aussi  (surtout au Cirque d'Hiver  à Paris , la dernière fois que je l'ai vu )! que de discussions entendues de cette époque...merci pour cet article  et tes commentaires...

    Je suis toujours Communiste...mais à quel prix il est vrai ! la relève est là et les camarades plus jeunes  sont chaleureux comme  à notre époque Banlieusarde ..........! le Capitalisme , notre prédateur , montre de plus en plus  ses grandes dents ! mais nous ne sommes plus seuls à les voir....et à le savoir..

    nous t'embrassons et bonne retraite dans  ton coin si agréable.et en famille-

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